Et si le débat entre médecine conventionnelle et naturopathie était tout simplement stérile ? Alors que les articles à charge contre la naturopathie et les approches complémentaires et alternatives se multiplient dans les médias, et que les défenseurs des approches naturelles se retranchent dans leurs positions, une troisième voie émerge : celle d'une intégration raisonnée, portée par notamment la médecine fonctionnelle et métabolique, pratiquées dans beaucoup de pays déjà.
L'impasse de la polarisation
La lecture récente de plusieurs articles critiques révèle une tendance inquiétante : la simplification excessive d'une pratique pourtant complexe. On y trouve des récits alarmistes de "voyages cauchemardesques", des amalgames entre pratiques rigoureuses et dérives sectaires, et une absence frappante de nuances. Les exemples de Thierry Casasnovas, Irène Grosjean ou encore Miguel Barthéléry sont souvent brandis comme des totems sectaires. Extraits savamment choisis, montages percutants, tout est fait pour convaincre le quidam par images et discours assemblés de la dangerosité délirante et du délire dangereux de ces praticiens. Certes, certains de leurs propos doivent être modérés. Mais il est avec ce sujet comme avec tous les autres, un prérequis que l'on doit appliquer : passer du temps à enquêter pour trouver une vérité objective. A titre d'exemple, certains articles à charge contre Mr Casasnovas citent souvent le "collectif L'Extracteur" comme base de recherche fiable. Il suffit de visionner les presque 4 épisodes (4 heures en tout !) de son enquête approdonfie pour se faire une idée un peu plus précise sur le "gourou du crudivorisme". Est-ce que ces journalistes - ou plutôt "relayeurs de dépêches" et désormais "assitants d'IA" - font ce travail d'enquête ?
Prenons autre un exemple concret : la mesure des "victimes" des thérapies alternatives. Comment évaluer sérieusement ce risque quand les données sont parcellaires, les cas souvent anecdotiques, et les méthodologies d'évaluation inadaptées à des accompagnements globalisants ? La question mérite d'être posée avec plus de rigueur que de sensationnalisme.
Le saviez-vous ? La médecine fonctionnelle et métabolique représente une synthèse entre l'exigence scientifique de la médecine conventionnelle et l'approche causale de la naturopathie.
L'Evidence Based Medicine est-elle l'outil adéquat ?
La médecine basée sur les preuves, conçue pour évaluer des interventions simples et standardisées, montre ses limites face à une approche holistique comme la naturopathie. Comment randomiser des protocoles individualisés intégrant alimentation, gestion du stress, activité physique et équilibre émotionnel, surtout quand le scénario individuel psycho-bio-chimico-neuro-immuno-physiologigue varie d'un individu à un autre ?
"Je ne saurais définir scientifiquement les bases de la naturopathie", évoquant le principe vital qui échappe aux lois de la physique et de la chimie.
Faut-il pour autant renoncer à toute évaluation ? Certainement pas, mais il faut reconnaître que les outils d'évaluation doivent évoluer pour s'adapter à la complexité des approches holistiques.
La révolution silencieuse des nouvelles sciences
La réponse vient peut-être des avancées récentes en recherche fondamentale. Les travaux en psychoneuroendocrinoimmunologie (PNEI), comme ceux de Francesco Bottaccioli, documentent scientifiquement les interconnections entre psyché et biologie. Son ouvrage volumineux constitue une cartographie impressionnante des recherches validant l'approche systémique du corps humain.
De même, la médecine fonctionnelle et métabolique opèrent une synthèse remarquable : elle conserve l'exigence scientifique de la médecine conventionnelle tout en adoptant l'approche causale et individualisée, comme le fait la naturopathie.
Vers un nouveau paradigme d'évaluation
Le professeur Tomio Tada proposait déjà en 2004 le développement d'une "science épi-médicale" capable d'interpréter l'action de méthodes thérapeutiques complexes sur l'être humain considéré dans toutes ses dimensions.
La naturopathie modernisée n'a pas à craindre l'évaluation, mais à exiger des méthodologies adaptées à sa complexité. Comme le souligne Amie Steel, la communauté scientifique naturopathique mondiale travaille activement à développer ces nouveaux modèles d'évaluation.
Conclusion : dépasser le conflit stérile
Les attaques médiatiques récurrentes contre la naturopathie manquent souvent leur cible en caricaturant une pratique diverse et évolutive. À l'inverse, certains naturopathes commettent une erreur stratégique en rejetant en bloc toute validation scientifique.
L'avenir appartient aux ponts, pas aux murs. La médecine fonctionnelle et métabolique montre la voie : une intégration intelligente des approches, où la rigueur scientifique épouse la complexité du vivant, où les outils d'évaluation évoluent pour mesurer l'impact des interventions globales.
La vraie question n'est pas "la naturopathie est-elle scientifique ?", mais "comment développer une science capable d'évaluer la complexité du vivant et des approches holistiques ?". C'est à ce chantier prometteur que devraient collaborer chercheurs, médecins et naturopathes éclairés.